Il y a à peine deux ans j'ai vu un cher emporté par la maladie d'Alzheimer...
je me disais que j'allai assombrir le tableau, raconter plus de détails et évoquer les souffrances, j'en ai même écris un fragments. Mais finalement je m’épargne ce supplice. parce que l'heure n'est pas aux larmes, elle ne le fut pas et ne le sera jamais. et puis, pourquoi réciter la fin d'un homme pour quelqu'un qui n'a jamais connu son existence ? cherches-tu la tristesse ? Moi je ne l'avais jamais aimé. des glandes lacrymales, je n'en ai pas. Peut être que faute d'usage, la rouille y a prit le dessus.
tu peux comprendre que je n'excelle pas dans le jeu des clowns noirs, je ne veux pas vendre des larmes bêtes comme on vend les rires hystériques. je n'aime pas plagier l'art des politiciens et des religieux.
Et puis, tout cela n'est pas la volonté de mon texte. Restons dans l'oubli.
L'implication de mes racines dans cette trahison a fait que je sois suppôt de l'amnésie. on m'a fait signer un pacte de sang pour qu'on entretienne cette complicité... une complicité par voies héréditaires.
La nature a voulu que je sois un homme accommodé à l'oubli. J'ai trouvé dans son chaos et son anarchie une organisation. Peut être que si on m’offrirait une mémoire ordinaire je verrai mon homéostasie perturbée, peut être que je ne serai plus ce que je suis mais ce que j’étais... Un corps inerte et un esprit qui rode là ou les idées naissent et demeurent, là ou ils ne meurent pas. une apparition qui flotte dans un hier présent, sans doute attirée par la chaleur des souvenirs interminables, que l'oubli, froid et fier, m'en a toujours privé. Je serai sans doute quelque chose du passé.
Il est facile de voir que je suis le prisonnier de cette défaillance cognitive. Je suis institutionnalisé à ce pénitencier et chaque tentative de libération me serait un fatale.
Mais que se passera t-il si le système qui m'enferme et me protège ressert son étau? que se passera t-il si cet oubli qui m’empêche de lire un seul paragraphe d'une lettre expédiée du passé se mettrait lui même à ressembler à un souvenir... non pas dans sa localisation temporelle ou dans son implication neuronale, mais dans sa continuité et son absente expiration.
tel un interminable fil blanc à l'éclat éphémère, l’amnésie se dessinera. et comme dans un passé mon esprit y divaguera sans épuisement, sans aboutissement... l'amnésie générale est le souvenir le plus long, là où les questions ne se posent pas, là où il n'y a pas l'ombre d'une réponse.
Si un jour par malheur ou par bonheur je passerai a cet état , et qu'on m'offrirait la chance de garder un seul et unique souvenir, que choisir ?
disons que c'est un souvenir qui ressuscitera la nature de l'homme que j’étais.
un fragment de ce que j’écris peut être ? et si je ne le comprendrai pas ? En temps normal je me demande parfois si je comprends bien ce que j’ai écris ou si plutôt j’écris vraiment ce que j'ai pensé. Peut être qu'au moment de l’éclosion de la pensée il y a eu distorsion, et qu'a force de croire en une idée et d'y vivre on ne se rend pas compte de la perversion qu'elle pourrait subir.
une perversion qui affectera systématiquement le lecteur bleu que je serai et qui donnera naissance à une personne que je n’étais pas.Un risque à ne pas prendre faute de confiance en ma lucidité.
Une musique alors ? un Summertime, un So What, ou une grande Halfaouine. Car en dehors du fait qu'elle décrit fidèlement mes états d’âmes mon parcours et même mes désirs, la musique, la vrai n'a nullement besoin de connaissances ni des règles linguistiques, que j'aurais surement oublié, pour se faire comprendre. Mais pourrai-je confier mon âme aux mains des artiste et des écrivains ? peut-on avoir confiance aux autres quand on doute de sa propre honnêteté ?
La réponse est évidement un non, faute de confiance aux autres.
"Il n'y a plus plus rien", Je le dirai comme disait Ferré. Il n'y aura certainement plus rien du passé.
Triste sort ? Je pense plutôt que c'est une chance inouïe. Pouvoir tout recommencer de zéro, du zéro absolu, au printemps de l'age. Pouvoir contrôler ce qu'on est, ce qu'on sera, sans avoir à subir le moindre endoctrinement et le moindre formatage, sans avoir a prendre des leçons de peur et de lâcheté, des leçons de mocheté et de laideur...l'art du mensonge... tu sais, ses exercices des vieux qui te matraquent depuis ton premier cri et qui te guettent jusqu’à ton dernier, et que tu ne manquera pas de léguer à tes prochains par réflexe mais aussi par malice.
Libéré "des" Surmois, des remords et des reproche je serai plus fort. certainement vide, mais pas vidé.
Être l'Homme sans marques d’autrui, sans bleues, sans cicatrices. vivant ici et Aujourd'hui, pour demain.
On dit que les nations sans histoire n'auront pas le futur facile ainsi que les hommes. Je dis que le problème réside dans cette liaison du passé avec ce qu'on est maintenant. l'ennui est dans cette chaîne incassable que la rouille du temps ne serait détruire et qui nous prend dans cette boue de subjectivité.
Je saurai ravi de savoir ce que j’étais, mais j’écouterai mon passé avec l'oreille du lecteur, comme je le fais pour les histoires des autres. parce que la personne que j’étais est toujours un autre, il n'est pas moi.
Il n'est pas digne de confiance et je m'en moque de la carte de route ainsi que la poignée de main qu'il me tend.
j'aurai peut être gagné quelques pas dans ma quête obsessionnelle de la liberté!
encore faut-il que je réinvente ce morceau de pensée quand il sera temps.
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